Les codes du Musical

Édito de Patrick Niedo, spécialiste de la comédie musicale

Une comédie musicale est une pièce de théâtre en musique dont les chansons font avancer l’action ou dévoilent la psychologie et/ou l’état d’esprit d’un personnage (notamment dans des soliloques, sorte de monologues intérieurs). Les chansons représentent, en général, la moitié du spectacle. Une comédie musicale est constituée d’un livret (l’histoire et les dialogues) et de chansons créées par un compositeur et un lyricist (parolier) qui sont, quelquefois, la même personne comme dans le cas de Cole Porter ou de Stephen Sondheim pour la plupart de ses travaux.

Après l’Overture jouée uniquement par l’orchestre (un élément qui tend à disparaître), une comédie musicale anglo-saxonne se doit d’avoir un numéro d’ouverture qui donne le ton du spectacle et qui installe une époque ou une atmosphère, et quelquefois même des éléments du fil conducteur du musical.

Puis, en une vingtaine de minutes, les personnages principaux et leurs relations sont présentés et précisément définis. Une intrigue principale claire est également énoncée, afin que le public la comprenne rapidement (ce qui n’empêche pas les rebondissements ou les écueils). Les chansons collent à cette intrigue, notamment en spécifiant les attentes de chaque personnage (ce que l’on nomme I am, ou I want – je suis ou je désire). Les situations (heureuses ou dramatiques) doivent « appeler » des chansons parce que les mots ne suffisent pas. C’est l’émotion qui entraîne un personnage vers le chant ; l’intensité du sentiment mène à la chanson, ou quelquefois même à la danse.

Chaque chanson mène le spectateur vers la prochaine scène. C’est notamment pour cette raison qu’il y a très rarement des « noirs lumière » dans ce type de comédie musicale : la scène suivante arrive sans que le spectateur ne perde le fil de l’histoire et la fluidité visuelle du show.

La fin du premier acte doit être une mise en suspension de l’attention du public par un nouvel élément qui vient perturber l’intrigue. Le public attend donc le deuxième acte pour connaître le dénouement choisi par les auteurs.

Avant le deuxième acte, une musique d’entracte permet aux spectateurs de se rasseoir confortablement : c’est l’entr’acte.

Le deuxième acte contient, au milieu de l’acte ou vers la fin, une chanson importante que l’on appelle le Eleven O’clock number (numéro de vingt-trois heures). Cette chanson peut être entraînante, drôle ou très émouvante. Lors de l’âge d’or des comédies musicales (où elles étaient plus longues), ce numéro arrivait vers vingt-trois heures.
Cet Eleven O’clock number prépare le public au dénouement de l’histoire et au final.

Le final peut être le triomphe d’un personnage, ou d’un groupe de personnages, la réalisation d’une quête ou un résumé des émotions et des situations évoquées lors du spectacle.

 

Patrick Niedo
Auteur de l’ouvrage Histoires de Comédies Musicales, Éditions Ipanema.